Épisode 5

Création de l’École des Mines de Douai

 

 

A l’instar de l’école d’Alais, la ville de Douai milite pour la création d’une école technique minière sur son territoire, le modèle retenu est celui de l’école des Mines d’Alais dont la succès est reconnu. Ainsi le décret du 22 septembre 1878 met en place l’école des maîtres ouvriers mineurs de Douai.

Les modalités de fonctionnement de l’école de Douai sont calquées sur celles d’Alais, l’importance du bassin minier du Nord Pas-de-Calais assure un recrutement et un débouché privilégié. L’école se préoccupe malgré tout de rendre son recrutement plus national, mais avec retard par rapport à Alais qui bénéficie de son antériorité.

L’école s’installe rue des Carmes (aujourd’hui rue Victor Hugo) dans les locaux de l’ancienne école normale d’instituteurs du département du Nord., locaux construits en 1782 sur un terrain provenant de l’abbaye de Marchiennes. L’école accueille sa première promotion en novembre 1878. 

Ce site se révélant trop petit (6 000m2), l’école acquière un terrain de 3 ha rue Charles Bourseul. Elle s’installe provisoirement rue de l’université dans les locaux de l’École Nationale des Industries Agricoles[1] et dans des baraquements provisoires (provisoire qui durera 5 ans de 1947 à 1952) rue Bourseul.

La première tranche de la construction du site Bourseul est inaugurée en 1954.  En 2017 l’école regroupe le site Bourseul, le centre de recherche du Boulevard Lahure, les locaux de l’ex École Télécom-Lille (propriété de l’université) sur le parc scientifique de Villeneuve-d’Ascq, 20 Rue Guglielmo Marconi et 3 résidences des élèves dans le centre de Douai.

Les modalités de fonctionnement de l’école des Douai sont calquées sur celles d’Alais, l’importance du bassin minier du Nord Pas-de-Calais assure un recrutement et un débouché privilégié pour l’école qui se préoccupe malgré tout, mais bien moins qu’Alais, de rendre son recrutement plus national.

Dans l’épisode précédent (création de l’École des Mines d’Alès),  nous étions convenus de revenir sur le parcours commun et sinueux des deux écoles d’Alès et de Douai afin d’appréhender l’intégralité de l’histoire de leur création. Examinons donc cette phase riche en rebondissements :

 

Alès et Douai rivales mais complices 

Le décret du 2 janvier 1883 autorise les 3 premiers des promotions d’Alais et Douai à accéder au titre de contrôleur des mines (précurseurs des ingénieurs des TPE Mines).  Toutefois, sur la pression des écoles de Paris et de St Etienne le décret est abrogé et les 3 premiers pourront bien prétendre aux fonctions de contrôleur des Mines mais sur concours !

On arrive en 1914, pendant la première guerre mondiale le fonctionnement des écoles est compromis, les admis au concours de 1914 entreront en 1918

1918, la guerre est terminée, les écoles reprennent leur activité La France récupère une partie de la Moselle actuelle et l’Alsace.

 

Évolution parallèle du nom des écoles :

 

  • À leur création (1843 et 1878) École des Maîtres ouvriers mineurs
  • 1890 École des Maîtres mineurs
  • 1933 École Technique des Mines
  • 1963 École Nationale Technique des Mines

 

C’est dans cette dernière période qu’intervient un certain Claude Daunesse.  Dont l’histoire est fortement liée à celles des deux écoles. Mais qui est-il ?

Fils de cheminot, né en Gironde le 31 mai 1924, il intègre l’École Polytechnique en 1944 il termine dans le Corps des Mines en 1949. Son premier poste est à l’arrondissement minéralogique d’Alès, Il passe 4 années à Alès et quatre années à Montpellier, il est au cours de cette période sous-directeur de l’école d’Alès. Après un passage à Clermont Ferrand, il  est chargé le 15 septembre 1958 de l’arrondissement minéralogique de Douai et simultanément de la direction de l’École de Douai.  En juin 1964 Il succède à Pierre Alby (appelé à prendre les fonctions de DG adjoint de Gaz de France)  en tant que directeur des Mines, il le restera jusqu’à son décès.

A la connaissance de la mine et des écoles, il joint sa volonté d’assurer la transition de l’activité minière. En tant que directeur à Douai, il est confronté à un certain déclin de l’école qui est restée purement minière alors qu’Alès dans un bassin charbonnier plus réduit avait senti la nécessité de se diversifier.

C’est également dans cette période (1958 – 1964) que se pose le problème de la programmation de l’arrêt de l’exploitation charbonnière en France et par voie de conséquence de l’arrêt du fonctionnement de l’École de Douai qui peine à évoluer.

Claude Daunesse insiste auprès de la direction des Mines pour que le sort des deux écoles reste lié et que l’on leur donne la possibilité de devenir des écoles d’ingénieurs à part entière.

Dans ce contexte les deux écoles sont autorisées à déposer leur demande d’habilitation à délivrer le titre d’ingénieur auprès de la CTI[2], ce qui est fait en février 1965. La commission de la CTI  délibère le 4 juin 1965 et donne avis favorable à la requête des deux écoles, recommandant toutefois que l’obtention du baccalauréat soit exigée pour passer le concours d’entrée.

Le conseil général des Mines donne alors le feu vert à la diversification des formations vers la sidérurgie, la métallurgie et la mécanique lourde puis de l’exploitation et la transformation mes matériaux de carrière.  L’ambition et la capacité des deux écoles  sont enfin reconnues.

Il faut noter que Claude Daunesse sera également un promoteur du développement de l’activité de recherche dans les Écoles des Mines. L’élargissement du statut des enseignants chercheurs en vigueur à Paris et St Etienne aux écoles d’Alès et de Douai sera acquis lors de la création ultérieure des écoles de Nantes et d’Albi.

Reprenons l’évolution du nom des deux écoles :

 

  • 1975 École Nationale des Techniques Industrielles et des Mines
  • 1980 École Nationale Supérieure des Techniques Industrielles et des Mines
  • 2012 École Nationale Supérieure des Mines

Enfin, les écoles d’Alès et de Douai devenues des EPA[3] en 1991, seront  rattachées par convention à l’Institut Mines Télécom en 2012 puis intégrée à l’institut en tant que composantes en 2017.

Toutefois une divergence :

 

  • 2017 L’école des Douai devient École Nationale Supérieure Mines-Télécom Lille-Douai par fusion de l’’École de Douai et de Télécom Lille.

 

Et le recrutement, comment évolue-t-il ? :

 

  • Un décret du 21 octobre 1951 impose aux deux écoles de ne recruter que des ouvriers français de 19 ans au plus et ayant effectué 400 jours d’activité salariée dans les mines.

 

Toutefois la Commission des Titres d’Ingénieurs accorde dès 1960 aux deux écoles le droit de délivrer le diplôme d’ingénieur en formation continue, puis en 1965 la délivrance du diplôme en formation initiale.

 

  • En 1964 un nouveau décret fixe le recrutement au titulaires du Bac et la durée des études à 4 années.
  • En 1966 les deux écoles mettent en place un concours commun.
  • En 1970, le niveau du concours est élevé à Bac+1.
  • En 2010 le concours passe à Bac+2 (à l’initiative des Mines de Douai).

 

Bien évidemment les deux écoles ont une vie et un développement séparé et riche mais les décliner nous éloignerait largement du thème de l’Histoire de la création des Écoles.


 

[1] L’école des industries agricoles enseignait les sciences et techniques liées à la sucrerie, la distillerie et la brasserie.

[2] CTI : Commission des Titres d’Ingénieurs

[3] EPA : établissement public à caractère administratif

   

 

 Autres épisodes

 

  Épisode 1 - Introduction

  Épisode 2 - Création de l'Ecole des Mines de Paris

  Épisode 3 - Création de l'Ecole des Mines de Saint Etienne

  Épisode 4 - Création de l'Ecole des Mines d'Alès

  

  Épisode 6 - Création de l'Ecole des Mines de Nancy

  Épisode 7 - Reconnaissance de la nation, Armines et Transvalor