Épisode 2

Création de l’École des Mines de Paris 

 

La mise en application de l’arrêt du 14 janvier 1744 (voir épisode précédent) mit en lumière la nécessité de former des agents capables de veiller à l’application des lois minières et des recettes afférentes ainsi que des techniciens capables de diriger les exploitations.

 

Pour faire simple, après moult tergiversations cette mission fut confiée au début à l’École des Ponts et Chaussées, laquelle avait été fondée le 14 février 1747.

 

Petit à petit l’administration des Mines se mit en place, un arrêt du 21 mars 1781 créa 4 inspecteurs des Mines et minières du royaume (on est sous Louis XVI, Necker est ministre des finances, ministère de tutelle du secteur… comme aujourd’hui). C’est sans doute cette date qui est le véritable acte de naissance du Corps des Mines., c’est sans doute également ce qui va entraîner la création de l’École des Mines de Paris.

 

Des projets de création d’une telle école existaient depuis 1769, mais ce fut Balthazar-Georges Sage qui réussit à convaincre les dirigeants du contrôle général des finances de l’importance de cette création.

En 1770 Balthazar-Georges Sage, un jeune scientifique, avait été nommé professeur de minéralogie expérimentale. Après avoir été commissaire aux essais à la Monnaie, il obtient en 1778 la création à l'Hôtel des Monnaies, puis suivant lettre patente du 11 juin 1778, d'une école publique et gratuite de minéralogie et de métallurgie « docimastique[1] ». Enfin un arrêt du Conseil du Roi du 19 mars 1783 établit une « École des Mines. L’école est créée à l'Hôtel des Monnaies, Sage en  devient tout naturellement le premier directeur. L'École des mines ne comporte alors, à part Sage, qu'un seul autre professeur, Jean-Pierre-François Guillot-Duhamel. On y enseigne « les sciences relatives aux mines et l’art de les exploiter », y fut rapidement adjoint l’enseignement des langues étrangères. La durée des études était de 3 ans bien que les premières promotions fussent semble-t-il diplômées au bout d’un an… (Autre temps autres mœurs). L’enseignement se déroulait sur 7 mois suivi d’un stage de 5 mois dans une  entreprise minière ou métallurgique.

Balthazar-Georges Sage s'illustre en tant que scientifique conservateur et  adversaire des principes révolutionnaires, autant en sciences que dans la vie civile. Il perd de ce fait, ses deux places prépondérantes, à la Monnaie et à l'École des mines. En 1790, la direction de l'École lui  échappe donc pour être confiée à une autorité administrative tricéphale, l'Agence des mines. Durant le Directoire, Sage connaîtra, par ses relations un retour en grâce. Il deviendra membre de l'Institut mais finit malgré tout dans la misère après l'effondrement de l'Empire.

Pour être admis les élèves devaient justifier de connaissances suffisantes en géométrie et en langue allemande. Examens et stages réussis, les élèves recevaient le brevet de sous-ingénieur des Mines. Les diplômés de l’École des Mines devenaient alors sous inspecteurs ou inspecteurs du gouvernement ou rejoignaient des installations industrielles ou minières. L’École des Mines de la Monnaie fonctionna de 1784 à 1788 puis connut un certain déclin.

Par la suite, le Comité de Salut public, dans son désir d'utiliser toutes les ressources dont la France pouvait disposer pour sa défense, n'avait pas perdu les mines de vue. Par un arrêté du 1er juillet 1794 (13 messidor an II), Il créait une agence des mines qui devait être composée de trois membres nommés par le Comité de Salut public.  Un arrêté du 24 messidor an II (12 juillet 1794) mit à la disposition de l'agence des mines, afin d'y établir ses bureaux et dépendances, l'hôtel de Périgord, située rue de l'Université et contiguë à l'hôtel de Mouchy. Un arrêté du même jour lui remettait cet hôtel pour y établir l'École des mines et la conférence des ingénieurs.

En même temps que s'organisait, par les soins de l'agence des mines, cet enseignement spécial sur les mines, la Convention s’occupait à créer et organiser l'École polytechnique. Après différentes péripéties la création de l'École polytechnique ne remit plus en cause les écoles spéciales dont celle des Mines. L’école Polytechnique devait au contraire leur servir plutôt de substratum commun, en donnant à leurs futurs élèves le haut enseignement théorique nécessaire. Les textes mis en place imposèrent alors que les ingénieurs du Corps des Mines formés aux Mines de Paris sortent préalablement de l’École Polytechnique.

La loi du 30 vendémiaire an IV (22 octobre 1795) vint confirmer cette organisation. Le titre VI de cette loi devait toutefois produire entre le conseil des mines et le ministère, des divergences d'interprétation et de vues dont les conséquences furent comme nous allons le voir dévastatrices puisqu'elles contribuèrent à entraîner la disparition à terme de l'École des mines de Paris et son transfert à Pesey-Moutiers.  L'article 2 du titre VI de la loi précitée stipulait en effet, qu'il serait établi « une École pratique pour l'exploitation et le traitement des substances minérales près d'une mine appartenant à la République et déjà en activité ou dont on pût commencer et suivre l'exploitation avec avantage ». Le conseil des mines était loin de s'attendre à la décision du 12 février 1802 (sous le consulat et sous la pression de Chaptal[2] alors ministre de l’intérieur) qui décidait de créer, en lieu et place de l'École de Paris, deux écoles pratiques : l'une à Geislautern dans le département de la Sarre, l'autre à Pesey dans le département du Mont-Blanc. Dans la première, on devait enseigner l'art de traiter les mines de fer et d'extraire la houille, en même temps qu'on s'occuperait de tout ce qui a rapport aux préparations dont les substances minérales sont susceptibles ; dans la seconde, on devait faire connaître tout ce qui a rapport à l'exploitation des mines de plomb, cuivre, argent et des sources salées.

Parfois, hier comme aujourd’hui, les décisions politiques peuvent avoir des conséquences inattendues. Pesey  était situé au pied d’un glacier à 1573m d’altitude, inhabitable au moins une partie de l’année, les cours eurent donc lieu à Moutiers, l’opération se révéla assez efficace grâce sans doute à la direction assurée par M. Schreiber (d’origine allemande, diplômé de la Bergakademie de Freiberg). Quant à l’école de Gesislautern, elle ne fût guère  réellement opérationnelle.

Tout cela fonctionna tant bien que mal jusqu’en 1814. En effet après la première abdication de Napoléon 1er le 6 avril 1814, le congrès de Vienne redéfinissait les frontières de la France qui perdait - pour ce qui nous intéresse ici - la Sarre et la Savoie, zones dans lesquelles se trouvaient les deux implantations de l’École des Mines.

A peine remonté sur le trône, Louis XVIII manifesta son désir de restituer aux anciens propriétaires leurs biens séquestrés qui n'avaient pas encore été aliénés. Une ordonnance du 18 juin 1814 enjoignit notamment de rendre au prince de Poix l'hôtel de Mouchy où les collections de l’École des Mines étaient restées. Après avoir hésité entre plusieurs bâtiments dépendant de diverses administrations, la direction générale des mines se décida à louer, à partir du 1er juillet 1814 pour douze ans, au prince de Bourbon-Condé qui en avait repris possession, l'hôtel du Petit-Luxembourg. Le déménagement de la rue de l'Université au Luxembourg se fit immédiatement. L’École se trouvait en état de fonctionner et put effectivement fonctionner dans l'hiver 1814-1815, aussi bien que les événements de l'époque pouvaient le permettre… Mais, l'installation était à peine terminée au Petit-Luxembourg qu'il fallût à nouveau évacuer ce local. En effet, à la date du 17 juillet 1815 la direction générale des mines était supprimée, et le service des mines réuni à celui des ponts et chaussées dans une direction générale des ponts et chaussées et des mines. A la même date, le Petit-Luxembourg était affecté à la résidence du chancelier, président de la Chambre des pairs. Le Petit Luxembourg, contigu au palais du Luxembourg deviendra par la site résidence du président du Sénat en 1825.

Pour installer l'École et ses collections on fit le choix de l'hôtel de Vendôme ; le voisinage du Petit-Luxembourg dut être une des causes déterminantes de ce choix. Au commencement de novembre 1815 les élèves purent venir travailler à l'École dans les salles d'étude. Les cours commencèrent le 11 janvier 1816. L’école est à ce jour toujours située dans les mêmes locaux toutefois aménagés et agrandis avec le temps.  Par la suite Pierre Lafitte[3] développera les établissements décentralisés de l’École à Fontainebleau, Evry et Sophia Antipolis, mais cela est une autre histoire.

Une école d’ingénieurs est née, Les mines nécessitent également de disposer de techniciens experts dans leur exploitation. L’histoire de la création de l’École des Mines de Saint Etienne en sera l’occasion, nous en parlerons  au prochain épisode.

 

Jean-Claude Duriez

La bibliographie utilisée pour la rédaction de ces épisodes sera communiquée au dernier épisode de cette saga.


 

[1] docimastique. Chimie. Relatif à la docimasie, analyse permettant de déterminer les constituants d'une substance dont on comprend tout l’intérêt en matière de monnaie à l’époque.

[2] Jean-Antoine Chaptal, comte de Chanteloup, est né le 5 juin 1756, à Nojaret près de Vialas en Lozère et mort le 29 juillet 1832 à Paris, est un chimiste, médecin et homme politique français. Il est l’un de créateurs de l’Ecole d’Arts et Métiers.

[3] Pierre Paul Laffitte est né le 1er janvier 1925 il fût entre autres missions et réalisations directeur adjoint en charge de la formation des ingénieurs élèves des Mines et de la recherche de l’école des Mines de Paris, puis directeur. Sénateur pour les Alpes-Maritimes de 1985 à 2008, il est le créateur de Sophia Antipolis.

   

 

 Autres épisodes

   

  Épisode 1 - Introduction

  

  Épisode 3 - Création de l'Ecole des Mines de Saint Etienne

  Épisode 4 - Création de l'Ecole des Mines d'Alès

  Épisode 5 - Création de l'Ecole des Mines de Douai